Des DGC et des Lieux-dits en Minervois ?

Article écrit par Nathalie, ma douce

Une nouvelle DGC dans l’appellation Minervois ou encore un lieu-dit, mais qu’est-ce que c’est ?

Ce n’est pas un nouveau test pour le vin ou un club de Dégustation de Grands Crus, mais bien une nouvelle appellation viticole ou plutôt une Dénomination Géographique Complémentaire. Aujourd’hui, une DGC, c’est ce que revendiquent les vignerons du Minervois. Il est vrai que le territoire du Minervois est grand et à part La Livinière, une appellation en rouge, il n’y a pas d’autres DGC. Je reviendrai après sur les lieux-dits.

D’où est venue l’idée ?

C’est en goûtant leurs vins ensemble pour un grand magazine viticole que les vignerons du plateau de Cazelles se sont rendus compte de la particularité mais aussi de la ressemblance de leurs vins qu’ils se sont dit qu’ils mériteraient une reconnaissance particulière au sein du Minervois.
C’est finalement une expérience humaine commencée il y a 6 ans pour faire reconnaître auprès de l’INAO le terroir de Cazelles comme une appellation à part entière. Ce terroir de colluvion calcaire est bien limité à une zone géographique en contrefort de la montagne noire entre les communes de Cazelles et d’Agel. L’altitude est entre 130m et 225m et les vents frais apportent un taux de matière organique supérieure à la moyenne locale (autour de 4%).
Le dossier de DGC déposé en 2015 pour la future appellation ne porte que sur le rouge (seuls trois vignerons de Cazelles font du blanc) pour une surface potentielle d’environ 350 ha dont 150 ha de vignes. Une dizaine de producteurs sont concernés par cette demande et j’en ai rencontré quelques-uns qui m’ont parlé avec passion de leurs vins.

Les domaines et les vins de Cazelles

Le domaine Cailhol Gautran : domaine de 56 ha tout en bio. C’est la 4ème génération qui exploite maintenant ce domaine. La majeure partie du vignoble se trouve sur le causse du Haut-Minervois, justement sur le plateau calcaire de Cazelles au milieu de la garrigue. Il est entièrement classé en AOC Minervois et l’élevage de leurs vins se fait en cuves, barriques, jarres (vin sans sulfite) et bouteilles. Ils nous ont présenté ces 3 vins :
– Villa Lucia blanc 2015, à base de roussane, marsanne, vermetino, grenache et terret : vin élevé 12 mois en barrique. Il a le goût beurré que j’aime tant !
– Carretal 2017, rouge à base de grenache et vieux carignan. Ce vin élevé uniquement en cuve a des arômes de cerise et de garrigue. Il est épicé et élégant.
– La Table du Loup 2017, rouge à base de syrah. Ce vin, qui a la particularité d’être sans sulfite, a été élevé de trois façons : barriques, cuve et jarres en terres cuites, cela a permis une uniformisation du goût du vin. La filtration tangentielle avant mise en bouteille (le vin ne prend pas d’oxygène lors de sa mise en bouteille) garantit une stabilité du vin. Un de mes vins préférés (à voir en vieillissant si sa conservation est préservée). Son nez était très expressif avec une belle fraîcheur et en bouche ses notes de chocolat et réglisse m’ont séduite.

Le clos de Gravillas : domaine de 8,50 ha tout en bio sur le Causse à 270 m d’altitude qui bénéficie d’une belle fraîcheur descendant de la Montagne Noire les nuits d’été. Nicole, originaire de Narbonne et John, originaire du Kentucky travaillent tous les deux leurs vignes. Nicole a réussi à convaincre John en 1996 que les cailloux de St Jean-du-Minervois étaient les plus beaux du monde. C’est d’ailleurs ce sol éblouissant, qui fait penser à la lune, qui leur a inspiré la représentation du domaine sur leurs bouteilles dont en voici quelques-unes :
– L’Inattendu 2017, blanc à base de grenache et maccabeu dont une partie est vinifiée en demi-muids autrichien. Ce vin est frais, sec, riche, minéral et se marie aussi bien avec du poisson que du fromage.
– Rendez-vous sur la lune 2016, rouge à base de syrah, carignan et grenache. Ce vin, vieilli pour 20% uniquement en barrique, surprend par son attaque franche et rustique. Il s’avère très agréable en bouche par la suite avec ses notes de garrigue.

Le Mas Roc de Bô : petit domaine de 35 ha. Créé en 2013, l’ambition de Mas Roc de Bô est d’offrir une collection de vins uniques dédiés au terroir exceptionnel de Cazelles. A partir des vendanges 2015, la direction du Mas Roc de Bô est confiée à Stéphanie, la fille de Gontran Dondain, propriétaire du domaine et du Château Cabezac. Une récolte 100% manuelle est faite à maturité et les rendements obtenus sont de l’ordre de 30 à 35 hectolitres à l’hectare. Voici les vins que nous avons goûtés :
– Pépite dorée 2017, blanc à base de grenache et roussane. Avec son nez fin et gras, c’est un vin assez ample et rond qui possède une belle fraîcheur.
– Pépite noire 2015, rouge à base de syrah et grenache. Le nez était un peu fermé mais en bouche on a des arômes de fruits noirs et de réglisse.

Le domaine Cazelles Verdier : domaine familial depuis 1713, de 22 ha dont 19 sur le plateau de Cazelles. Héritier d’une longue tradition vigneronne, c’est aujourd’hui Jean-Paul Verdier qui poursuit l’histoire de ce domaine avec des vins à la robe soutenue et structurés en bouche comme ceux que nous avons découvert :
– Le Marchand de poivre 2017, rouge à base de syrah, grenache, carignan, mourvèdre. Il est élevé en partie en barriques anciennes et en cuve. Il a un léger goût de poivre de Madagascar et d’épices douces. Le nom de cette cuvée est inspiré de l’histoire du grand-père qui, ruiné à 18 ans a dû vendre le domaine et partir à la guerre. Il est revenu 20 ans après et a racheté le domaine après avoir fait fortune en Indochine en vendant des épices !
– Les Pierres qui chantent 2015, rouge à base de syrah, grenache, carignan et mourvèdre. La moitié est vinifiée en barriques (50/50 vielles/neuves barriques) et l’autre moitié en cuve. Il a un joli nez de garrigue et fruits rouges et il est très doux en bouche.

Domaine du Bosc Rochet : propriété familiale d’une trentaine d’hectares dont les deux tiers sont sur le plateau de Cazelles et le reste la commune d’Aigues-Vives. Depuis 2009, Michaël le fils et sa femme Christelle continuent de perpétuer la tradition familiale avec environ un tiers de leurs vins vendus en bouteille et le reste en vrac. Voici les vins que nous avons pu déguster :
– Le petit Lenny 2017, blanc à base de vermentino et roussane. Ce vin élevé en cuve sur lies aux notes fruitées et d’agrumes est à la fois vif, acidulé et gourmand tout en rondeur.
– Carpe Diem 2016, rouge à base syrah et carignan. Ce vin élevé en partie en barrique pendant 10 mois était encore un peu jeune, malgré son nez expressif et épicé. En bouche, il est très prometteur avec de bons tanins.

Domaine Anne Gros et JP Tollot : domaine 17 ha dont 5 ha sur le plateau de Cazelles. C’est en 2006 qu’Anne Gros, issue d’une famille de viticulteurs de Vosne Romanée, et Jean-Paul Tollot, issu lui aussi d’une famille de viticulteurs de Chorey les Beaune, découvrent un petit coin perdu à l’extrême nord-est du Minervois : Cazelles. C’est un véritable coup de cœur pour ses sols argilo calcaires uniques situés à 220 mètres d’altitude. Ils vont produire leur premier millésime en 2008. Depuis, quelques parcelles complémentaires ont été acquises dans une idée de travail parcellaire à la bourguignonne, comme le vin que nous avons goûté qui est issu d’une parcelle qui a bénéficié d’un élevage soigné en fûts pendant un an :
– La Ciaude, rouge à base de vieux carignan de plus de 100 ans, grenache et syrah. Au nez, on retrouve un côté boisé et foin, en bouche, il est poivré, épicé, élégant et précis.

Domaine Sicard : domaine familial de 40 ha situé à Aigues-Vives. Depuis quatre générations, la famille Sicard cultive et vinifie pas à pas en progressant d’année en année. Aujourd’hui, Philippe Sicard, arrière-petit-fils d’Elie, le fondateur du domaine viticole, bénéficie des expériences et du savoir-faire de ses aïeux. Soutenu dans son travail par sa famille, il tient ainsi à offrir des vins rouges et rosés de qualité, nectar de ses vignes entourées de garrigues et baignées par le soleil comme celui que nous avons goûté :
– Dreyfus 2015, rouge à base de syrah, carignan et grenache. Cette cuvée est dédiée à Jean-Claude Dreyfus qui a une passion pour les cochons et collectionne les objets en rapport avec cet animal, une passion qui se retrouve sur l’étiquette de la bouteille. Au nez, ce vin révèle des arômes de cassis et d’épices. En bouche, ses tanins sont denses, veloutés et harmonieux. C’est le coup de cœur de chéri !

Les lieux-dits : c’est quoi ?

Au sein de l’appellation, certains vignerons, n’étant pas dans une zone géographique pouvant bénéficier de la demande de DGC, ont entrepris une autre démarche de reconnaissance : les « Lieux-dits ». On se rapproche un peu de ce qui est fait depuis bien longtemps en Bourgogne par exemple. Cette démarche reste la même auprès de l’INAO, il s’agit d’une reconnaissance au sein de l’appellation mais pour un petit territoire. Nous avons rencontré le vigneron, Vincent Enaud (Domaine Monastrel) qui a engagé ses parcelles de grenache et mourvèdre dans cette démarche. L’appellation Minervois porte résolument, depuis sa reconnaissance, les ambitions de hiérarchisation de ses vignerons comme nous l’a expliqué Jean-François Orosquette, président de la commission « hiérarchisation » de l’AOC Minervois. Avec le dépôt de deux dossiers de demande de DGC en 2015 et un appel à projet Lieux-dits lancé en 2017, cette ambition prend ces dernières années, un tour très concret avec des stratégies complémentaires comme avec ce lieu-dit appelé « Les Tables » que nous avons pu découvrir en nous rendant sur place.

Espérons que les vignerons de l’appellation AOC Minervois obtiendront les reconnaissances de DGC et de lieux-dits qu’ils ont engagées, ils le méritent car nous avons vraiment dégusté de très bons crus que je vous invite à découvrir.

En savoir plus :

http://www.leminervois.com/

Toutes les photos :

Info : J’ai été invité à découvrir ces vins. Cet article en reste sincère car ça correspond parfaitement à ce que je souhaite partager sur ce blog.

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