Maison Ventenac, AOP Cabardès

La relève est assurée

Lorsqu’on fait une visite dans un domaine, comment ça se passe habituellement ? On nous présente le domaine, sa philosophie, la gamme des vins et ensuite, on déguste, dans un ordre bien défini, les blancs, puis les rosés, puis les rouges, du plus fruité au plus puissant. Classique. Lors de mon petit voyage dans les alentours de Carcassonne, j’ai pu visiter un domaine qui nous a fait vivre une expérience différente, une dégustation directe dans le chai. Ce domaine c’est Ventenac, il est situé en plein cœur de l’AOP Cabardès, une appellation particulière entre l’océan et la méditerranée dont le cahier des charges impose d’assembler au moins 40% de cépages Atlantiques (cabernet, merlot) et 40% de cépages Méditerranéens (syrah, grenache).

Aujourd’hui c’est Olivier et Stéphanie Ramé qui s’occupent du domaine, 160 hectares ! On est loin de 1973 et des 40 hectares du père de Stéphanie, Alain Maurel, dont ils ont pris la relève en 2007 alors qu’il cherchait à vendre. Il aurait été dommage de ne pas garder le domaine dans la famille.

Imprimer sa marque de fabrique et son style

Au delà de la progression sur la surface, c’est un travail en profondeur qui a été effectué depuis 10 ans. Tout d’abord au niveau de la vigne via une démarche d’agriculture raisonnée, certifiée par l’organisme principal « Terrra Vitis« . La volonté c’est d’aller plus loin et de n’utiliser aucun herbicide, aujourd’hui la quasi-totalité est désherbée mécaniquement.
Ensuite dans le chai, tout le matériel a été modernisé avec de nouvelles cuves inox et une chaîne d’embouteillage sans oxygène, entre autres.
Enfin, sur la vinification, Olivier a testé plusieurs méthodes différentes, en ayant une vision claire de sa recherche de la perfection. Cette vision c’est de ne pas maquiller le vin, il cherche l’expression pure du raisin, des cépages et du terroir pour aboutir à des vins frais, tendus, fins tout en ne reniant pas sur la gourmandise. C’est ainsi qu’il utilise très peu de bois et préfère s’amuser avec des jarres en terre cuite qui viennent apporter une micro oxygénation du vin.
Au total il y a plus d’une trentaine de cuvées différentes, de quoi trouver son bonheur, surtout que la gamme tarifaire se veut abordable, 80% du volume est vendu entre 6€ et 9€.

Pour la dégustation Olivier nous a proposé une balade dans le chai, en passant d’une cuve à une autre pour nous faire goûter le vin directement, brut de cuve.

Les blancs et rosés

Dans la gamme château on a ainsi pu déguster la cuvée Carole un blanc composé de 90% de Chardonnay et de 10% de gros Manseng. La fraîcheur s’exprime c’est clair, mais la fermentation malolactique apporte du gras, de la profondeur et des arômes beurrés qui lui ajoute de la gourmandise.

Dans la gamme Les Dissidents on est allé se verser quelques verres de la cuvée Préjugés 2017, un 100% Chardonnay qui a eu droit à un léger élevage en foudre pendant 2 mois. Ce liquide doré est d’une élégance folle, j’ai adoré, c’est un blanc gastronomique à présenter sur une viande blanche en sauce par exemple.

Au coin d’une cuve, on se fait maintenant couler de la cuvée Marie 2017, 70% Colombard et 30% Chenin, elle vient te zester une bonne dose de fraîcheur en bouche, c’est rafraîchissant et désaltérant, attention à ne pas boire toute la bouteille. Olivier parle d’un vin de terrasse, ça colle bien avec ce vin.

On termine les blancs avec le plus beau, la cuvée Candide 2017, un monocépage, du Chenin, il est élevé en foudre. Le nez s’offre comme une fleur qui s’ouvre à la rosé du matin, en bouche il est explosif, vif et très riche, le tout est servi dans un gant de velours, c’est magnifique, j’ai noté « top top top » sur mon carnet de notes.

Pour la suite on s’arrête sur un rosé, la cuvée d’Aure 2017, composée majoritairement de Cabernet Sauvignon mais aussi d’un peu de Grenache et de Syrah. Ce rosé n’est pas piscine, il est plutôt vineux et bien équilibré avec un juste dosage de fruits, de quoi l’apprécier de l’apéritif jusqu’au fromage.

Les rouges

On passe au premier rouge, la cuvée Paul 2017, un Cabernet Franc, il passe dans les fameuses jarres et dans des foudres. Il correspondant à ce qu’Olivier aime faire, il est droit, tranché et direct sur la pureté du fruit, une framboise qu’on vient éclater du bout des doigts.

Le liquide suivant est une Syrah, la cuvée Puritaine, elle est passée par les jarres. Elle est concentrée avec une matière présente, la finale est fraîche. Olivier arrive toujours à équilibrer ses vins, on peut démarrer sur la fraîcheur et terminer sur de la gourmandise ou inversement comme ici.

On a continué avec Patience 2017 (Cabernet franc en foudre) qui m’a étonné avec sa réglisse en fin de bouche, puis avec La Réserve de Jeanne (Cabernet franc, Syrah, Merlot et Grenache) qui nous a fait décoller par sa légèreté et sa minéralité, et enfin avec l’Idiot 2017 (Merlot) qui nous a offert un fruit rouge bien mûr et gourmand.

Enfin, nous terminons cette randonnée découverte du chai par la cuvée Le Mas 2015, un Cabernet franc et une Syrah élaboré un peu plus dans la tradition des Languedoc avec de la puissance, des tanins, de la matière et de la complexité. C’est une cuvée historique du domaine, Olivier travaille pour lui apporter de la rondeur et de la fraîcheur et ça fonctionne.

Pari réussi

Après 10 ans de reprise du domaine, Stéphanie et Olivier peuvent être fiers du travail réalisé. Avec une volonté affichée de casser les codes pour produire des vins différents des standards de l’appellation, ils ont tenu le cap et sont arrivés aux résultats escomptés.

Actuellement 50% de la production profite aux consommateurs étrangers, c’est une belle réussite et en même temps il est dommage de laisser partir autant de ces beaux jus, alors, si un jour tu croises la route d’un Ventenac, tu en achètes ! Plaisir assuré.

En savoir plus :

http://www.maisonventenac.fr

Toutes les photos :

 

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